Sean Baker, le cinéma indépendant sacré aux Oscars

Anwarpress FR mercredi 5 mars 2025 - 10:48
Sean Baker, figure de proue du cinéma indépendant américain mettant en scène des personnages à la marge, a conquis Hollywood dimanche en remportant l’Oscar du meilleur réalisateur pour son thriller explosif « Anora ».

Et où tombons-nous amoureux des films? Au cinéma. Regarder un film avec un public est une expérience qui se vit ensemble, qui nous permet de pleurer ensemble, crier, se battre ensemble, et même peut-être rester assis dans un long silence ensemble

Son long métrage suit Ani, une strip-teaseuse new-yorkaise, et le jeune fils d’un oligarque russe, Vanya, qui se marient sur un coup de tête à Las Vegas, suscitant la fureur des proches de ce dernier. Le film prend un tour comique lorsqu’un trio de mafieux débarque dans la maison des jeunes mariés.

En recevant sa statuette dimanche, le réalisateur s’est lancé dans une ode au cinéma: « Nous sommes tous là ce soir et regardons la cérémonie parce que nous aimons les films. Et où tombons-nous amoureux des films? Au cinéma. Regarder un film avec un public est une expérience qui se vit ensemble, qui nous permet de pleurer ensemble, crier, se battre ensemble, et même peut-être rester assis dans un long silence ensemble. »
Le film a également remporté l’Oscar du meilleur film et Mikey Madison la statuette de la meilleure actrice.

Sean Baker a devancé Brady Corbet (« The Brutalist »), James Mangold (« Un parfait inconnu ») et les Français Jacques Audiard (« Emilia Pérez ») et Coralie Fargeat (« The Substance »).
Cet Oscar est une consécration pour le cinéaste indépendant de 54 ans, qui a éclos tardivement et a longtemps mangé de la vache enragée avant de se faire un nom.
 
Sa seule rencontre avec l’Académie des Oscars avant cette année remonte à 2018 lorsque Willem Dafoe, l’un des rares noms célèbres présents dans la filmographie du réalisateur, a été nommé pour son rôle dans « The Florida Project ».

Un relatif éloignement de la plus grande des scènes hollywoodiennes que Sean Baker expliquait à l’AFP en soulignant qu’on disait au public américain de « n’aller au cinéma que pour (voir) les grands blockbusters, tout le reste pouvant se trouver sur Netflix ».
Avec « Anora », qui a gagné la Palme d’or à Cannes en mai, il a finalement touché le grand public. Il s’agit, de loin, de son plus grand succès commercial.

Son long métrage a également remporté le principal prix du syndicat des réalisateurs américains (DGA). En le recevant, le réalisateur a confié ressentir plus que jamais le « syndrome de l’imposteur ».
Né le 26 février 1971, Sean Baker a été initié au cinéma par sa mère enseignante. Il a eu le déclic à l’âge de six ans en voyant Boris Karloff jouer Frankenstein.

Il finira logiquement par étudier le cinéma à la New York University et tournera un premier film, « Four Letter Words ». Mais il tombe dans les excès en tous genres et devient accro à l’héroïne.
Sorti de l’addiction, Sean Baker va s’accrocher à sa passion, s’efforçant envers et contre tout de faire du cinéma.

Paradoxalement, cet admirateur de John Cassavetes, Ken Loach et Mike Leigh s’est fait connaître avec un film entièrement tourné à l’aide d’iPhone, « Tangerine », sorti en 2015.
Cet ovni cinématographique remarqué aux festivals de Sundance et de Deauville racontait le périple de deux prostituées transgenres au cours d’une folle journée à Los Angeles.

En 2017, « The Florida Project » suit une petite fille vivant dans un motel sordide aux abords de Disney World, avec une mère strip-teaseuse tentant de se débrouiller.
La recette Sean Baker repose aussi sur ses castings effectués en marge du star système, sur Instagram voire au supermarché.

Avec « Anora », il est encore question de travailleuse du sexe. Sean Baker craignait d’ailleurs que son film ne suscite la controverse, mais l’accueil enthousiaste à Cannes en mai lui a confirmé que le monde de la prostitution ne cessait de fasciner.
Sean Baker estime que « nous sommes tous fascinés » par le travail du sexe. Car ça se passe « juste sous notre nez, que nous le remarquions ou pas ».

« On peut l’explorer à l’infini », a déclaré le réalisateur, friand de personnages imparfaits, confrontés aux mêmes problèmes que tout le monde. « Je ne peux pas me contenter de faire une histoire de prostituée au grand coeur », dit-il encore.


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