La récente polémique autour de ses déclarations sur la question palestinienne révèle bien plus qu’un simple désaccord d’opinion. Elle met en lumière une stratégie : disqualifier la parole libre, réduire la complexité d’un engagement à des procès en légitimité, et instrumentaliser une cause noble à des fins politiciennes.
Une polémique ciblée, des intentions troubles
Loin d’un échange d’idées constructif, les attaques contre Lachgar relèvent d’une volonté de brouiller le débat. L’USFP, fidèle à une tradition de clarté politique, refuse les postures de circonstance. Les prises de position de son Premier secrétaire ne sont ni improvisées ni isolées: elles s’inscrivent dans une continuité d’engagement pour une gauche responsable, lucide et ancrée dans les réalités du monde contemporain.
Ce qui est visé, ce n’est pas une erreur de jugement, mais le fait même de penser autrement, de refuser l’autocensure et d’interroger des vérités devenues intouchables.
Le double discours à l’épreuve des faits
L’attaque d’un ancien ministre de la Justice, membre du Parti de la justice et du développement (PJD), illustre une forme de cynisme politique. Celui-là même qui a participé à un gouvernement ayant signé l’accord de normalisation avec Israël en 2020 se permet aujourd’hui de faire la leçon au nom de la fidélité à la cause palestinienne.
Ce deux poids, deux mesures n’est pas qu’une contradiction personnelle : il incarne un malaise plus large dans le champ politique marocain, où l’on préfère souvent la posture à la cohérence. En politique, la mémoire courte est devenue un atout, et l’indignation sélective une stratégie.
Une cause instrumentalisée
Il est sain, dans une démocratie, de débattre de tout, y compris de la manière de défendre la Palestine. Ce qui l’est moins, c’est de transformer cette cause en outil de chantage moral ou d’exclusion symbolique.
Qui peut parler au nom de la Palestine? Qui a le monopole de la loyauté ? À écouter certains, seuls ceux qui se taisent sont légitimes, tandis que ceux qui interrogent, contextualisent ou proposent une lecture différente sont accusés de trahison. Cette logique est dangereuse. Elle tue le débat, appauvrit la pensée et banalise l’engagement réel.
Un engagement historique, constant et assumé
Depuis les années 1970, l’USFP a placé la question palestinienne au cœur de son combat pour la justice et la dignité. Ce soutien n’a jamais été opportuniste, encore moins conditionné par la conjoncture. Il s’est exprimé dans l’opposition comme dans les moments les plus critiques du silence arabe.
Réduire cet engagement à une déclaration sortie de son contexte, c’est nier qu’un parti puisse défendre la Palestine tout en interrogeant les formes que prend aujourd’hui cette solidarité. La fidélité ne se mesure pas à l’intensité des cris, mais à la constance des actes.
Penser librement n’est pas trahir
Refuser la pensée unique, poser des questions, nuancer une position : est-ce devenu condamnable ? Une démocratie vivante repose sur le pluralisme et le débat. Quand un responsable politique s’exprime avec franchise, il ne mérite ni caricature ni procès d’intention.
Le Maroc a toujours défendu la Palestine avec dignité, en évitant les surenchères et en préservant l’indépendance de sa diplomatie. C’est cette voie qu’a choisie l’USFP, et qu’il assume pleinement.
Un débat confisqué par l’hypocrisie
Ceux qui crient aujourd’hui à la trahison sont les mêmes qui ont gardé le silence lors de la signature des accords avec Israël. Où étaient les indignations, les slogans, les appels à la rupture ? Pourquoi cette mémoire sélective ?
Le combat pour la Palestine mérite mieux que des postures. Il exige de la cohérence, du courage, de la fidélité aux principes. Il ne peut servir d’alibi à ceux qui cherchent à masquer leurs propres contradictions.
Une réponse politique claire
L’USFP, par la voix de sa direction, a réaffirmé sa ligne en soulignant que « Le parti n’a jamais, dans son histoire, fait de surenchère sur les causes de la nation. Il n’a jamais égaré sa boussole au-delà des constantes nationales. Il n’a jamais cautionné la normalisation lorsqu’il était en position de décision. »
Il a également précisé que « Ceux qui cherchent aujourd’hui à confisquer la parole et à diaboliser la différence sont les mêmes qui ont légitimé la normalisation alors qu’ils étaient au pouvoir. Ils découvrent trop tard que la véritable trahison réside dans le silence, non dans l’expression. »
Ces mots résument une posture : celle de la responsabilité, du courage politique, et d’une fidélité qui ne varie pas au gré des vents électoraux.
Le courage de dire, la lucidité d’agir
Driss Lachguar, à travers ses prises de position, réaffirme une vérité simple : dans une démocratie, il faut des voix qui dérangent, qui osent, qui pensent autrement. La vérité n’est jamais confortable. Mais le silence, lui, a un coût plus lourd encore.

Les prochaines élections constitueront un véritable test de lucidité politique. Le peuple marocain, conscient et exigeant, saura distinguer ceux qui ont fait preuve de constance et de courage, de ceux qui ont cédé à l’opportunisme et à la duplicité. Ce texte ne cherche pas à défendre un Parti, mais à appeler à une politique fondée sur la sincérité, la responsabilité et le respect de l’intelligence des citoyens.
Par Mohamed Assouali
Membre du Conseil national d’arbitrage et d’éthique de l’USFP.
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