La question des enfants en situation de rue à Casablanca est un sujet d’une grande actualité et d’une profonde résonance sociale. Dans une ville en pleine expansion, marquée par une urbanisation rapide et des inégalités croissantes, ces enfants se retrouvent souvent en marge d’une société qui peine à répondre à leurs besoins fondamentaux. Ils incarnent une réalité douloureuse, révélatrice des manques systémiques et des défaillances des structures de protection sociale et éducative.
L’importance sociologique de ce thème réside dans la nécessité de comprendre les facteurs qui conduisent ces enfants à vivre dans la rue, ainsi que les conséquences de cette situation sur leur développement physique, psychologique et social. Les enfants en situation de rue ne sont pas seulement des victimes des circonstances ; ils sont également des acteurs de leur propre réalité, naviguant dans un environnement hostile tout en cherchant à préserver leur dignité et leurs aspirations.
Les données récentes témoignent d’une réalité alarmante : des milliers d’enfants, souvent issus de milieux défavorisés, errent dans les rues de Casablanca, exposés à des risques multiples, tels que la violence, l’exploitation et la privation d’éducation. Ces chiffres, bien que révélateurs, ne racontent qu’une partie de l’histoire. Ils soulignent la nécessité d’une approche globale et humaine pour appréhender ces trajectoires de vie singulières.
Importance sociologique : Diagnostiquer pour pouvoir y remédier
1. Révélation des inégalités sociales: Les enfants en situation de rue sont souvent le produit de contextes socioéconomiques défavorisés. Leur existence met en lumière les inégalités structurelles qui persistent dans la société marocaine, telles que le manque d’accès à l’éducation, aux soins de santé et aux opportunités économiques. En étudiant leurs trajectoires, les sociologues peuvent mieux comprendre les mécanismes qui perpétuent la pauvreté et l’exclusion.
2. Analyse des dynamiques familiales : La plupart des enfants vivant dans la rue proviennent de familles en détresse. Les études sur ce sujet permettent d’explorer les ruptures familiales, les violences domestiques et les migrations forcées, tout en interrogeant le rôle de la famille dans la protection de l’enfant. Cela ouvre également un débat sur les politiques de soutien aux familles vulnérables.
3. Impact sur le développement psychologique et social : La vie dans la rue expose ces enfants à des risques élevés, affectant leur santé mentale et leur développement social. En analysant leurs expériences, il est possible de mieux comprendre les effets psychologiques de l’errance, de la violence et de l’isolement. Cela peut également contribuer à la mise en place de programmes d’intervention adaptés.
4. Engagement citoyen et responsabilité sociale : La situation des enfants en rue interpelle la société civile et les institutions sur leurs responsabilités. Elle soulève des questions éthiques et morales concernant la façon dont la société protège ses membres les plus vulnérables. L’étude de ce thème peut encourager une mobilisation collective et des initiatives visant à améliorer les conditions de vie de ces enfants, tout en renforçant le tissu social.
5. Perspectives d’avenir : Comprendre les trajectoires des enfants en situation de rue permet de formuler des recommandations pratiques et des politiques publiques adaptées. Cela inclut des initiatives d’insertion sociale, des programmes éducatifs et des mesures de protection qui répondent aux besoins spécifiques de cette population. En intégrant leur voix et leurs aspirations dans le processus décisionnel, il est possible de construire un avenir meilleur pour ces enfants.
Dr. Chakib Guessous, socio-anthropologue marocain, a consacré plusieurs années à l’étude des enfants en situation de rue au Maroc.Dans son ouvrage « Enfants en situation de rue – sociologie et accompagnement à la réinsertion » publié en 2019, il met en lumière les défis auxquels ces enfants sont confrontés et propose des protocoles de réinsertion basés sur des approches scientifiques.
Selon Dr. Guessous, les enfants de la rue subissent une double exclusion, à la fois physique et sociale, qui entraîne des altérations physiques et psychologiques profondes, parfois permanentes. Il souligne que la réinsertion de ces enfants ne doit pas être perçue comme un simple acte de générosité, mais comme une démarche scientifique nécessitant une compréhension approfondie de leursituation et des facteurs qui les ont conduits à la rue.
Il préconise une approche globale et intégrée, impliquant la collaboration des pouvoirs publics, de la société civile et des familles.
Cette approche doit inclure l’accès à l’éducation, aux soins de santé, au soutien psychologique et à la formation professionnelle. Dr. Guessous insiste également sur l’importance de former des travailleurs sociaux spécialisés capables d’accompagner ces enfants tout au long de leur processus de réinsertion.
En somme, Dr. Chakib Guessous plaide pour une réinsertion des enfants en situation de rue basée sur des méthodes scientifiques rigoureuses, une collaboration multisectorielle et une compréhension profonde des réalités sociales et familiales de ces enfants, afin de leur offrir une chance réelle de réintégration et d’épanouissement au sein de la société.
Objectifs de l’étude
L’étude sur les enfants en situation de rue à Casablanca vise plusieurs objectifs fondamentaux:
1. Comprendre les causes profondes : Identifier et analyser les facteurs qui poussent les enfants à vivre dans la rue, y compris les problèmes économiques, familiaux et sociaux. Cela permettra de mieux saisir les dynamiques qui contribuent à cette réalité.
2. Analyser les trajectoires de vie : Etudier les parcours des enfants en situation de rue, en tenant compte de leur histoire personnelle, de leurs expériences d’exclusion et des différents mécanismes de résilience qu’ils développent face aux défis rencontrés.
3. Evaluer l’impact des politiques publiques : Analyser l’efficacité des interventions existantes, tant au niveau des politiques publiques que des initiatives des ONG, pour comprendre comment elles influencent la vie des enfants en situation de rue et quelles lacunes subsistent.
4. Proposer des recommandations : Sur la base des résultats de l’étude, élaborer des recommandations concrètes pour améliorer les conditions de vie des enfants en situation de rue, en intégrant les voix des concernés dans le processus de décision.
5. Sensibiliser et mobiliser : Utiliser les résultats de l’étude pour sensibiliser le grand public et les décideurs aux enjeux liés à la situation des enfants en rue et encourager une mobilisation collective pour trouver des solutions durables.
Historique des enfants en situation de rue :
• Avant le protectorat :
Avant le protectorat, les mécanismes traditionnels de prise en charge reposaient sur des structures communautaires profondément ancrées, reflétant les valeurs collectives de solidarité, de charité (sadaqa) et de responsabilité partagée. Cette étude analyse les approches adoptées dans cette période pour comprendre comment ces enfants étaient soutenus et réintégrés dans la société.
Avant l’époque coloniale, les enfants dits « en situation de rue » n’étaient pas considérés comme une catégorie marginalisée au sens moderne du terme. Le terme yaouled, dérivé de l’arabe dialectal marocain, combinant ya (viens) et ouled (enfant), désignait souvent des enfants issus de familles précaires ou sans attaches immédiates. Ces enfants étaient intégrés dans des réseaux sociaux plus larges, évitant ainsi une exclusion totale.
Modes traditionnels de prise en charge avant le protectorat
1. Solidarité familiale et tribale
Dans les structures familiales et tribales marocaines, la prise en charge des orphelins ou des enfants abandonnés était une responsabilité collective. Les familles élargies ou les clans prenaient soin des enfants, même en dehors des liens de parenté directe. Cette solidarité s’exprimait par :
• L’hospitalité, où les enfants trouvaient refuge temporaire ou permanent.
• L’adoption informelle, où un foyer offrait un cadre protecteur et une éducation élémentaire.
2. Soutien religieux
Les institutions religieuses, telles que les zaouïas et les mosquées, jouaient un rôle central dans la prise en charge des enfants marginalisés. Ces lieux offraient :
• Un abri et de la nourriture, notamment pour les orphelins et les enfants en errance.
• Une éducation religieuse, qui servait à inculquer des valeurs morales et sociales.
Les figures religieuses agissaient également comme des médiateurs, favorisant la réintégration sociale des enfants en difficulté.
3. Insertion par le travail artisanal
Un autre pilier des modes traditionnels de prise en charge était l’apprentissage artisanal. Les enfants marginalisés étaient souvent intégrés dans des métiers locaux grâce à :
• Les maâlems (maîtres artisans) : Ces derniers prenaient sous leur aile des jeunes pour leur transmettre un métier, en échange de services ou d’un minimum de subsistance.
• Une formation progressive qui leur permettait de devenir des membres actifs de la société.
Cette approche, bien qu’informelle, combinait apprentissage, subsistance et intégration, offrant une alternative à la vie dans la rue.
Une inclusion sociale avant la marginalisation urbaine
Contrairement à l’ère du protectorat, où l’exclusion sociale des enfants des rues s’est accentuée avec la modernisation et l’urbanisation, les mécanismes traditionnels assuraient une certaine inclusion. Ces enfants étaient perçus comme des membres de la communauté ayant besoin de soutien, et non comme des individus déviants ou dangereux. Ce paradigme a radicalement changé avec l’arrivée des politiques coloniales, qui ont souvent ignoré ou fragilisé ces réseaux sociaux traditionnels.
• Après le protectorat :
Avec l’arrivée du protectorat français, Casablanca a connu une transformation rapide et profonde. L’urbanisation et l’industrialisation ont provoqué un afflux massif de populations rurales vers la ville, à la recherche de meilleures opportunités économiques. Cette migration a entraîné une fragmentation des structures familiales et sociales traditionnelles.
Les politiques coloniales ont souvent favorisé le développement économique au détriment du bien-être social, exacerbant les inégalités et la précarité parmi les populations locales. Les transformations urbaines ont également conduit à une augmentation de la pauvreté et du chômage, créant un terreau fertile pour l’émergence du phénomène des enfants en situation de rue.
Les familles, désormais confrontées à des pressions économiques accrues et à des réseaux de soutien affaiblis, n’ont souvent pas pu subvenir aux besoins de tous leurs membres. Les enfants, en particulier, ont été touchés par ces changements, certains se retrouvant contraints de quitter leur foyer pour survivre dans la rue.
• Aujourd’hui :
Défis actuels : Aujourd’hui, le phénomène des enfants en situation de rue à Casablanca est accentué par des défis persistants liés à la pauvreté, au chômage et à la fragmentation sociale. Les enfants confrontés à la vie dans la rue doivent souvent faire face à la violence, à l’exploitation et à un accès limité à l’éducation et aux soins de santé.
Perspectives d’Avenir : Pour améliorer la situation, il est crucial de renforcer les politiques publiques en matière de protection de l’enfance et de développement social. Cela implique une meilleure coordination entre les organismes gouvernementaux, les ONG et les communautés locales. Des investissements dans l’éducation, la santé et le développement économique local sont essentiels pour créer un environnement où les enfants peuvent s’épanouir sans être poussés à vivre dans la rue.
Terrain :
Introduction : des motivations à l’action sur le terrain
Dans le cadre de ma thèse doctorale sur les trajectoires des enfants en situation de rue à Casablanca, j’ai entrepris une recherche sociologique alliant observation, entretiens et analyse documentaire. Mon objectif principal était de comprendre les étapes majeures de ces trajectoires : la sortie dans la rue, la vie dans la rue, et la réinsertion sociale. Loin d’être un simple exercice académique, cette recherche s’est révélée être une immersion dans un univers marqué par la précarité, la résilience et les défis sociétaux.
Approche méthodologique : une immersion au cœur de la réalité sociale
Pour répondre aux questions de ma recherche, j’ai adopté une méthodologie mixte. Elle comprenait :
1. Des récits de vie : J’ai conduit des entretiens avec des enfants anciennement en situation de rue, aujourd’hui réinsérés, et j’ai recueilli leurs témoignages sur leur parcours de vie.
2. Des rencontres avec des intervenants sociaux : éducateurs, psychologues, et responsables d’associations. Ces acteurs m’ont fourni des perspectives précieuses sur les limites des stratégies d’intervention.
3. Des observations sur le terrain : J’ai visité des espaces où ces enfants avaient vécu, ainsi que les institutions où certains ont été accueillis.
Cette démarche participative m’a permis d’associer les points de vue des acteurs directement concernés et d’enrichir l’analyse théorique par une meilleure compréhension des dynamiques de terrain.
Défis rencontrés : entre contraintes et opportunités
Cette expérience a été marquée par plusieurs défis majeurs :
1. L’accès aux populations étudiées : Convaincre les anciens enfants en situation de rue de partager leurs récits de vie n’a pas été facile. La méfiance, la peur de raviver des souvenirs douloureux ou encore leur perception des chercheurs comme des « observateurs extérieurs » ont nécessité de construire progressivement une relation de confiance.
2. Les défis éthiques : L’écoute des récits, parfois empreints de souffrance et de traumatismes, posait la question de ma responsabilité en tant que chercheur. Comment recueillir des données sans instrumentaliser les histoires des participants ? J’ai dû veiller à préserver leur dignité en adoptant une posture respectueuse et bienveillante.
3. Le rôle émotionnel du chercheur : Etre confronté à des histoires poignantes d’enfants ayant vécu des abus, des violences ou l’abandon familial a parfois été émotionnellement difficile. Cela a nécessité de trouver un équilibre entre implication personnelle et distance analytique.
4. Les limites institutionnelles : Certaines associations ou institutions publiques étaient réticentes à partager des informations, invoquant des problèmes de confidentialité ou des lacunes dans leurs propres bases de données. Cela a ralenti l’avancement de mes recherches et souligné le besoin d’une meilleure coordination institutionnelle.
5. Les enjeux logistiques : Le terrain s’est également avéré complexe sur le plan logistique : déplacements fréquents dans des quartiers marginalisés, difficultés d’organisation des entretiens, et gestion du temps pour concilier la collecte des données et leur analyse approfondie.
Résultats et réflexions approfondies
Les résultats de cette recherche mettent en lumière plusieurs éléments clés :
1. Les causes complexes de la sortie dans la rue : L’exode rural, les conflits familiaux (divorce, violence domestique), et l’absence de structures de soutien adaptées ont été identifiés comme des facteurs majeurs.
2. La dynamique interne des groupes d’enfants en situation de rue : Ces enfants forment souvent des micro-communautés avec des hiérarchies informelles, des codes de survie et des pratiques de solidarité. Ces dynamiques rendent leur réinsertion particulièrement délicate, car elles contrastent avec les normes sociales « classiques ».
3. Les obstacles à la réinsertion : Même lorsque ces enfants sont pris en charge par des institutions, leur réintégration est fragilisée par l’absence de suivi psychosocial à long terme. De nombreux enfants réinsérés rechutent dans la rue en raison de l’inadéquation des programmes ou du rejet persistant par leur entourage.
Conclusion : une recherche au service de la transformation sociale
Mon expérience sur le terrain m’a profondément transformé en tant que chercheur et citoyen. Elle a révélé la nécessité d’une approche intégrée et interdisciplinaire, mobilisant familles, écoles, associations, et pouvoirs publics pour traiter efficacement le phénomène des enfants en situation de rue.
Dans cette étude, je souhaite partager non seulement les résultats de ma recherche, mais aussi les enseignements humains et méthodologiques tirés de cette expérience, afin d’encourager une réflexion collective sur des solutions durables.
Causes de la désinsertion des enfants en situation de rue à Casablanca
Introduction :
La désinsertion des enfants, conduisant à leur situation de rue à Casablanca, est un phénomène complexe influencé par un ensemble de facteurs économiques et familiaux. Cette étude examine ces causes sous un angle sociologique, afin de mieux comprendre les dynamiques sous-jacentes qui poussent ces enfants à quitter leur foyer.
• Facteurs Economiques :
1. Pauvreté : La pauvreté est l’un des principaux moteurs de la désinsertion. De nombreuses familles vivant dans des conditions économiques précaires peinent à subvenir aux besoins fondamentaux de leurs enfants, tels que la nourriture, l’éducation et les soins de santé. Cette situation pousse souvent les enfants à chercher des moyens de survie dans la rue.
2. Chômage et sous-emploi : Le chômage élevé, associé au sous-emploi, affecte la capacité des parents à fournir un environnement stable et sécurisé pour leurs enfants. Les emplois précaires et mal rémunérés ne permettent pas de garantir une sécurité économique, augmentant ainsi le stress familial et la vulnérabilité des enfants.
3. Inégalités économiques : Les disparités économiques croissantes à Casablanca exacerbent la marginalisation des familles défavorisées. Les inégalités d’accès aux ressources et aux opportunités renforcent le cycle de la pauvreté et de l’exclusion sociale.
• Facteurs familiaux :
1. Dysfonctionnements familiaux : Les conflits familiaux, la violence domestique et la négligence sont des facteurs critiques qui contribuent à la désinsertion. Dans de nombreux cas, les enfants fuient un environnement familial instable et dangereux, cherchant refuge dans la rue.
2. Rupture des liens familiaux : La migration urbaine, la séparation des parents et la déstructuration familiale peuvent affaiblir les réseaux de soutien sur lesquels les enfants comptent. Cela peut conduire à une rupture des liens affectifs et sociaux, laissant les enfants sans protection ni guidance.
3. Absence de soutien éducatif : Le manque d’accès à une éducation de qualité et le décrochage scolaire sont des facteurs qui augmentent la probabilité de désinsertion. Sans éducation, les enfants ont peu de chances de briser le cycle de la pauvreté, ce qui les rend plus susceptibles de se retrouver dans la rue.
Quelles stratégies ou politiques pour une réinsertion durable ?
Introduction
La problématique des enfants en situation de rue au Maroc représente un défi social majeur. Ces enfants sont souvent victimes de désinsertion sociale, économique et familiale, nécessitant une intervention coordonnée pour leur réinsertion durable. Cet enjeu appelle des stratégies combinant prévention, prise en charge immédiate et accompagnement à long terme. Quels sont les moyens actuels déployés et quelles initiatives devraient être renforcées pour atténuer ce phénomène dans le futur ?
1. Les stratégies et moyens actuellement déployés
• Politiques publiques et initiatives étatiques
o INDH (Initiative nationale pour le développement humain) : financement de centres d’accueil, soutien aux associations travaillant avec les enfants de la rue.
o Projets éducatifs et de santé : campagnes de scolarisation, vaccination et accès aux soins médicaux pour ces enfants.
o Collaboration avec le ministère de la Solidarité : mise en place de programmes pour renforcer la protection de l’enfance.
• Rôle des ONG et associations locales
o Création de maisons d’accueil et centres de transition : ces lieux offrent un hébergement temporaire, un soutien psychologique et des formations professionnelles.
o Organisation de programmes de médiation familiale pour tenter de réintégrer les enfants dans leur famille lorsque cela est possible.
o Ateliers d’autonomisation : alphabétisation, formation à des métiers, activités sportives et artistiques.
• Soutien psychologique et juridique
o Accompagnement par des psychologues et travailleurs sociaux pour surmonter les traumatismes.
o Assistance juridique pour protéger les droits des enfants et les sortir des environnements abusifs.
2. Les défis persistants
• Manque de coordination
o Absence de synergie entre les différents acteurs : administrations, ONG et familles.
o Multiplication des efforts isolés, réduisant l’efficacité globale.
• Insuffisance des ressources
o Nombre limité de centres d’accueil par rapport aux besoins.
o Budget insuffisant pour financer des programmes de réinsertion sur le long terme.
• Stigmatisation sociale
o Les enfants de la rue sont souvent perçus négativement, limitant leur intégration dans les écoles ou dans le marché du travail.
• Prévention insuffisante
o Les causes structurelles, comme la pauvreté, le chômage et les dysfonctionnements familiaux, sont souvent ignorées dans les interventions.
3. Recommandations pour le futur
• Renforcer les politiques de prévention
o Lancer des programmes de soutien économique pour les familles vulnérables afin d’éviter que les enfants soient contraints de quitter leur foyer.
o Promouvoir l’éducation dès le plus jeune âge avec des bourses scolaires et un accompagnement spécifique.
• Améliorer les infrastructures et le financement
o Augmenter le nombre de centres d’accueil avec des services intégrés : santé, éducation, formation professionnelle.
o Impliquer davantage le secteur privé pour financer des initiatives en faveur des enfants de la rue.
• Créer un système de suivi et d’accompagnement à long terme
o Mettre en place un fichier national pour suivre le parcours des enfants pris en charge et évaluer les résultats des programmes.
o Faciliter l’intégration dans le marché du travail via des stages, formations certifiantes et partenariats avec des entreprises.
• Sensibiliser et mobiliser la société
o Lancer des campagnes nationales pour lutter contre la stigmatisation et promouvoir une culture de solidarité envers les enfants en difficulté.
o Encourager les citoyens à participer à des programmes de parrainage ou de mentorat.
Conclusion
La réinsertion des enfants en situation de rue au Maroc repose sur des efforts multisectoriels alliant prévention, prise en charge et accompagnement. Si des progrès significatifs ont été réalisés grâce aux initiatives des acteurs publics et privés, il reste essentiel de renforcer la coordination, d’augmenter les ressources et de s’attaquer aux causes profondes. Investir dans ces enfants, c’est investir dans l’avenir du Maroc, en construisant une société plus juste et inclusive.
Le rôle de l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH) dans le traitement de la problématique des enfants en situation de rue
Introduction :
L’Initiative Nationale pour le Développement Humain (INDH) est un projet ambitieux initié par SM le Roi Mohammed VI en 2005, visant à améliorer les conditions sociales et économiques des populations vulnérables et marginalisées. Parmi les priorités de l’INDH figure la problématique des enfants en situation de rue, un défi social majeur menaçant le développement humain et la stabilité de la société. L’initiative s’efforce de proposer des solutions globales et durables à travers l’éducation, la formation professionnelle, la mise en place de centres d’accueil et de soins, ainsi que l’autonomisation économique des familles.
1. Fournir des centres d’accueil et de soins pour les enfants en situation de rue :
Création de centres d’hébergement temporaire :
L’INDH met en place des centres d’hébergement temporaires offrant aux enfants un environnement sûr, loin des dangers quotidiens tels que la violence et l’exploitation. Ces centres répondent à leurs besoins essentiels, notamment l’alimentation, l’habillement et les soins de santé.
Soutien psychologique et social :
Ces centres proposent des programmes de réhabilitation psychologique et sociale, incluant des séances individuelles et collectives dirigées par des spécialistes. L’objectif est d’aider les enfants à surmonter les traumatismes liés à la vie dans la rue.
Reconstruction des liens familiaux :
En complément des soins directs, les centres travaillent à restaurer les liens entre l’enfant et sa famille, lorsque cela est possible. Des soutiens matériels et moraux sont fournis aux familles pour garantir leur capacité à accueillir leurs enfants à nouveau.
2. Soutenir l’éducation et la réintégration scolaire :
Retour des enfants à l’école :
L’INDH facilite la réintégration des enfants dans le système éducatif en couvrant les frais de scolarité, les fournitures scolaires et les cours de soutien pour combler les lacunes éducatives.
Création de centres d’éducation non formelle :
Pour les enfants ayant quitté l’école depuis longtemps, l’INDH a mis en place des centres proposant des programmes flexibles axés sur les compétences de base (lecture, écriture, calcul). Ces centres servent de passerelles pour une réintégration progressive.
Formation professionnelle :
Pour les adolescents dépassant l’âge scolaire obligatoire, l’INDH offre des programmes de formation professionnelle dans divers domaines (menuiserie, couture, agriculture, électricité), afin de favoriser leur insertion dans le marché du travail.
3. Autonomiser les familles pour améliorer leurs conditions de vie :
Aide financière directe :
Face à la pauvreté extrême de nombreuses familles, l’INDH met en place des programmes d’aides financières pour répondre à leurs besoins de base et réduire la pression qui pousse les enfants dans la rue.
Création d’opportunités d’emploi durable :
L’initiative finance des projets générateurs de revenus, gérés par des familles vulnérables, pour leur permettre de sortir de la précarité économique.
Sensibilisation des familles :
Des ateliers et séminaires sont organisés pour sensibiliser les familles à leur rôle crucial dans la protection de leurs enfants et pour leur enseigner comment gérer les crises pouvant entraîner l’abandon des enfants.
4. Campagnes de sensibilisation et d’éducation :
Sensibilisation communautaire :
L’INDH mène des campagnes médiatiques pour changer la perception sociale des enfants de la rue, mettant en lumière les dangers de cette problématique et l’importance de la solidarité.
Education aux droits de l’enfant :
Les campagnes insistent sur les droits de l’enfant (éducation, protection, soins familiaux) et ciblent les familles, écoles et associations locales.
Mobilisation de la société civile :
L’INDH collabore avec des associations et ONG pour maximiser l’impact des campagnes de sensibilisation.
5. Renforcement des partenariats avec la société civile :
Financement des associations locales :
Une partie importante des ressources de l’INDH est dédiée au soutien des associations œuvrant pour la protection et la réinsertion des enfants.
Coordination entre acteurs :
L’INDH travaille en partenariat avec des institutions publiques, associations, entreprises privées et organisations internationales pour une approche intégrée et efficace.
Suivi et intégration des enfants :
Les associations partenaires assurent le suivi des enfants après leur sortie des centres pour garantir leur stabilité sociale et psychologique.
Impact positif de l’INDH :
1. Amélioration des conditions de vie : Les enfants bénéficient d’une meilleure qualité de vie grâce aux centres d’accueil, à l’éducation et aux soins.
2. Réduction de l’errance : Les programmes d’intégration scolaire et de formation professionnelle ont diminué le nombre d’enfants vivant dans les rues.
3. Renforcement de la cohésion sociale : En abordant la problématique des enfants en situation de rue, l’INDH contribue à renforcer les liens sociaux et la solidarité au sein de la société marocaine.
L’importance de la sensibilisation communautaire dans la lutte contre le phénomène des enfants des rues :
1. Changer la perception négative envers les enfants des rues :
Un des principaux facteurs qui aggravent le problème des enfants des rues est la perception négative qu’ils reçoivent de la société. Certains les considèrent comme une menace ou un fardeau social, renforçant ainsi leur marginalisation et les poussant davantage vers l’isolement et la déviance. Une prise de conscience collective est nécessaire pour reconnaître que ces enfants sont des victimes de conditions sociales et économiques difficiles, et non la cause de ces conditions. Changer cette perception exige la promotion d’un discours respectueux de la dignité des enfants et mettant en avant leur droit à la protection et aux soins.
2. Encourager les familles à assumer leurs responsabilités envers leurs enfants :
La famille joue un rôle central dans la vie des enfants. Cependant, certaines familles abandonnent leurs responsabilités en raison de la pauvreté ou de l’ignorance. La sensibilisation communautaire rappelle aux familles leurs responsabilités éducatives et sociales, et les informe de l’importance de créer un environnement sûr et stable pour leurs enfants, quelles que soient les difficultés économiques. Encourager les familles à collaborer avec les institutions compétentes aide à réduire le nombre d’enfants qui se retrouvent dans la rue.
3. Renforcer les valeurs de solidarité et de soutien mutuel dans la société :
Lutter contre le phénomène des enfants des rues n’est pas seulement la responsabilité des familles, mais aussi celle de toute la communauté. Il est essentiel de cultiver des valeurs de solidarité parmi les individus, de manière à favoriser une volonté constante d’aider les enfants en difficulté, que ce soit par un soutien matériel, psychologique ou social. Ces valeurs renforcent la cohésion sociale et rendent la société plus consciente de ses problèmes et plus apte à les résoudre.
Outils pour promouvoir le développement intellectuel :
1. Lancer des campagnes médiatiques et de sensibilisation intensives :
• Objectifs :
Mettre en lumière les causes réelles du phénomène des enfants des rues, présenter des solutions possibles et générer une large empathie communautaire.
• Moyens :
Les campagnes peuvent inclure des programmes télévisés, des annonces radiophoniques, des publications sur les réseaux sociaux, ainsi que des courts-métrages et des documentaires mettant en avant des histoires de réussite d’enfants sauvés et réintégrés dans la société.
• Impact attendu :
Accroître la sensibilisation à l’importance de protéger ces enfants et inciter les individus et les institutions à contribuer à des solutions durables.
2. Organiser des conférences et ateliers pour toutes les catégories sociales :
• Publics ciblés :
Les conférences et ateliers peuvent être destinés aux familles, aux professionnels des institutions éducatives, aux associations civiles et aux jeunes.
• Thèmes abordés :
Les sujets peuvent inclure les droits de l’enfant, l’impact de la pauvreté et de la désintégration familiale sur les enfants, ainsi que le rôle de la société dans le soutien aux enfants en difficulté.
• Objectif :
Impliquer toutes les catégories sociales dans le débat et leur fournir les connaissances nécessaires pour prendre des mesures concrètes face à ce phénomène.
3. Impliquer les écoles et universités dans la diffusion de la culture des droits de l’enfant :

Les écoles devraient être des lieux de sensibilisation aux droits de l’enfant pour les élèves et les enseignants, en intégrant des sujets sur les droits humains et les droits de l’enfant dans les programmes scolaires.
• Rôle des universités :
Les universités peuvent contribuer par des recherches scientifiques et des séminaires académiques qui analysent en profondeur le phénomène des enfants des rues et proposent des solutions pratiques basées sur des analyses sociales et économiques.
• Résultat attendu :
Créer une génération consciente et instruite, convaincue que la protection de l’enfant est une responsabilité collective, et disposant des outils intellectuels pour traiter ce phénomène efficacement.
Par Dr Zouhair Qamari
Chercheur en sociologie
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