Depuis le début des manifestations en Turquie pour dénoncer l’arrestation du maire d’Istanbul Ekrem Imamoglu le 19 mars, la jeunesse turque découvre la rudesse de la police et de l’enfermement, ponctué de « mauvais traitements » dénoncés lundi par l’opposition et les avocats.
Maître Ferhat Güzel s’est porté au secours de nombreux étudiants, dont il tait le nom par précaution: 511 arrêtés rien qu’à Istanbul selon lui, dont 275 avaient été placés en détention. « Mais leur nombre est probablement plus élevé », prévenait-il jeudi.
« Pour commencer, la plupart de ces arrestations et détentions sont infondées. (Ces jeunes) ont été interpellés chez eux à l’aube, vers 6H00, ou alors qu’ils quittaient le lieu des protestations, sans preuve des accusations portées contre eux », rapporte l’avocat lundi à l’AFP.
« Beaucoup n’ont même pas été autorisés à prévenir leur famille ou un avocat. Nombre de mes confrères ont eu du mal à localiser leurs clients ».
En garde à vue, « beaucoup de ces jeunes ont été brutalisés par la police, physiquement ou verbalement », ajoute-t-il.
Le chef de l’opposition turque Özgür Özel s’est insurgé contre cette situation: « Ces étudiants ont été maltraités, menottés dans le dos avec des colliers de serrage, puis laissés dans des couloirs pendant des heures sans qu’on leur dise dans quelle prison ils seraient envoyés », a déclaré le président du CHP, premier parti d’opposition dont est issu le maire, Ekrem Imamoglu.
M. Özel qui a rendu visite dimanche à M.Imamoglu dans la prison de Silivri, à l’ouest d’Istanbul, en a profité pour rencontrer des jeunes incarcérés dans l’établissement.
Il a dénoncé « des gros mots, des insultes et des mauvais traitements », évoqué des « tortures psychologiques » mais aussi des « coups de pieds au visage » et des « pressions sur la tête » de ceux qui étaient allongés au sol.
Sinan Karahan a rendu visite vendredi à son fils Sinan Can, 22 ans, arrêté lors des rassemblements devant la mairie d’Istanbul et incarcéré à Silivri: « Il m’a dit qu’il y avait beaucoup d’étudiants blessés dans la prison », a-t-il confirmé à l’AFP.
Une étudiante de 19 ans en économie à l’Université technique d’Istanbul (ITU), dont plusieurs amies ont été arrêtées, a rapporté leurs récits à l’AFP : privations d’eau, de toilettes et pour les filles, de protection périodique lors de leur garde à vue.
La majorité de ces jeunes, autour de la vingtaine, manifestaient pour la première fois de leur vie, sans aucune expérience politique. Et se sont retrouvés terrifiés au tribunal, leurs parents impuissants attendant de leurs nouvelles.
« La plupart n’ont même jamais passé une nuit hors du domicile familial », s’émouvait la semaine dernière une avocate sur X.
« Certains des étudiants que j’ai représentés ont fondu en larmes en entendant parler de détention, suppliant de ne pas être remis à la police qui allait les battre de nouveau », reprend Me Ferhat Güzel.
Les associations des personnels des services de santé publique ont affirmé elles aussi, dans un communiqué, avoir « constaté des mauvais traitements aussi bien lors des arrestations que lors des détentions, des gardes à vue et des procédures judiciaires (…) en particulier dans les grandes villes du pays ».
Mais le pire, reprend l’avocat Güzel, ce sont les conditions de la détention préventive: « Ils sont placés en cellule avec des criminels dangereux, des condamnés pour meurtre ou pour agression sexuelle. Quand je les ai rencontrés, ils m’ont raconté leur peur de dormir, d’aller aux toilettes et de manger », affirme l’avocat, s’excusant de nouveau de ne pouvoir citer de noms « pour leur protection ».
Les premières audiences des procès ont été généralement fixées autour de la mi-avril.
« Ils ne devraient pas être maintenus en détention encore 18 ou 20 jours jusqu’à leur première audience », a estimé lundi le chef de l’opposition, en réclamant leur remise en liberté car « aucun d’eux n’a de sang sur les mains ».
Özgür Özel a conseillé aux intéressés de « conserver les preuves pour demander des comptes le moment venu ».
Au moins 2.000 personnes ont été interpellées depuis l’arrestation du maire d’Istanbul le 19 mars et 263 incarcérées, avait indiqué jeudi le ministère de l’Intérieur qui ne donne plus de bilan depuis.
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