Un communiqué conjoint des deux chefs d’Etat français et algérien a été publié le lundi 31 mars à l’issue d’un très long entretien téléphonique entre eux, concernant toutes les questions, objets de friction et de tension entre la France et l’Algérie qui ont été abordées, à l’exception toutefois du dossier du Sahara marocain, pourtant le point exclusif du déclenchement de cette grande et grave crise diplomatique entre les deux pays.
Il fut ainsi question, lors de cet entretien-fleuve, de la reprise immédiate de la coopération sécuritaire bilatérale, du dialogue géostratégique, de la coopération assidue dans le domaine spécifique de la migration, de même que du partenariat en matière d’affaires judiciaires.
Ledit communiqué indique, par ailleurs, que « les deux présidents ont eu un long échange franc et amical autour des relations bilatérales et sur les tensions qui se sont accumulées ces derniers mois ».
Là-dessus, « les deux présidents ont enfin arrêté le principe d’une rencontre prochaine ».
Ce revirement inattendu opéré à l’initiative du président algérien rappelle toutes proportions gardées au vu de l’état classique et habituel des rapports bilatéraux ça et là. Celui de la reprise des échanges avec Paris se révèle pire car celui opéré par la coupure brutale et bruyante provoquée avec Madrid à la suite de la signification expresse du soutien espagnol au plan d’autonomie sous souveraineté marocaine du Sahara, la reprise des rapports et échanges entre Alger et Madrid s’est tout de même manifestée à une petite échelle et surtout timidement et graduellement.
Ainsi, pâtissant d’un isolement de plus en plus éprouvant, c’est à l’initiative du chef de l’Etat algérien que cette soudaine reprise s’est opérée. Ainsi le changement subit de ton de la part de l’Etat algérien dénote d’une diplomatie algéroise manifestement impulsive qui a suscité, outre des impressions d’ironie, des interrogations substantielles dans les milieux des observateurs internationaux qui ont relevé que ce changement de ton et d’attitude improvisé et soudain, par ailleurs, survient en l’absence quasi-totale de tout signe d’ouverture de la part de l’Elysée qui a amorcé une démarche draconienne de reformulation de ses relations avec Alger, déjà de plus en plus exaspérées par l’attitude stérile des dirigeants algérois.
Par ailleurs, le président Tebboune a évoqué, dans sa démarche pour le moins titubante, un «moment d’incompréhension» dans une tentative maladroite de relativiser la gravité des tensions survenues entre les dirigeants des deux pays, l’Algérie et la France en les minimisant et en les limitant à d’insignifiants malentendus alors que les tensions et frictions étaient parfaitement manifestes. D’ailleurs, elles sont toujours alimentées par divers différends historiques, des divergences géopolitiques et des accusations scandées à l’encontre de Paris et désignées tout récemment comme le fait de la complicité de l’extrême droite « revancharde et haineuse ».
Le plus étonnant dans la démarche algéroise, c’est le fait inintelligible, cette tentative maladroite du président Tebboune d’occulter complètement le dossier du Sahara marocain en affirmant, par ailleurs, que l’amitié et le partenariat franco-marocain « ne dérangent pas » l’Etat algérien, ce qui dénote de l’inverse, particulièrement en exprimant son désaccord et son opposition farouche à toutes visites de responsables politiques français dans les provinces du Sud du Royaume du Maroc, « s’appuyant » sur une prétendue légalité internationale bafouée…
En somme, dans une tentative appuyée d’occulter totalement et parfaitement la question du Sahara marocain, le communiqué conjoint publié sur le site de l’Elysée souligne que « le président de la République française et le président de la République algérienne démocratique et populaire se sont entretenus par téléphone le lundi 31 mars. Le président de la République a tenu à adresser au président Tebboune et au peuple algérien ses meilleurs vœux de succès et de prospérité à l’occasion de la fête de l’Aïd. Les deux présidents ont eu un long échange franc et amical sur l’état de la relation bilatérale et sur les tensions qui se sont accumulées ces derniers mois » ( !)
En fait, les dirigeants algériens auront beaucoup de mal à expliquer et justifier l’absence de toute mention du Sahara marocain qui est subitement devenu un « non-sujet » au milieu des rapports frano-algériens. D’ailleurs, à ce propos, le président Tebboune avait auparavant complètement balisé le terrain en balayant d’un revers de la main face aux médias à la botte du régime politico-militaire algérois cette question – Attitude tout aussi brutale que surprenante !
Rachid Meftah
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